Les Israéliens sont reliés au passé, à la mémoire, à l’histoire et c’est ce qui les équilibre, Par Alexandre Devecchio, 11/05/2018

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Soixante-dix ans après sa création, Israël reste l’un des États les plus controversés du monde. Dans un récit en forme d’enquête, Israël 70 ans, 7 clés pour comprendre, Martine Gozlan déconstruit les préjugés sur cet État-nation qui s’assume et qui dérange.

La question des «colonies» (pour les Palestiniens) ou des «implantations» (pour les Israéliens) a participé au brouillage de l’image d’Israël. Quelle est votre point de vue sur la question? S’agit-il d’ «avant-postes défensifs» ou de grignotage du territoire palestinien? Existe-t-il toujours une volonté, de part et d’autre, d’une solution à deux Etats?

Quand on parle des colonies, il faut aller sur le terrain. Je parcours la Cisjordanie à intervalles réguliers depuis plus de trente ans. J’ai vu les générations se succéder………

La natalité juive en Cisjordanie est très élevée. Ce qui conforte les partisans de l’annexion de la zone C. Et ils sont de plus en plus nombreux. Je ne pense pas que la mystique messianique soit leur argument principal. En réalité, ils s’appuient sur des éléments sécuritaires. Oui, la plupart des colonies se trouvent sur des collines. Les responsables de la sécurité de l’une d’entre elles, Bruchin, me désignaient il y a quelques années les tours de Tel-Aviv dans le lointain, depuis le poste de garde. Ils se demandaient ce qui se passerait si le Hamas prenait le contrôle de leur colline. On en est là. Mais on peut aussi tenter d’espérer. A Rawabi, près de Ramallah, se construit une ville nouvelle, pépinière palestinienne de start-ups où une nouvelle génération brillante et pacifique veut travailler en collaboration avec des Israéliens. Il y a des rencontres assez étonnantes en ce moment entre Israéliens des territoires et pacifistes palestiniens. Je ne parle pas des ONG israéliennes qui militent en faveur du retrait total, devenu à mon avis un mantra, mais bel et bien des habitants juifs et arabes d’une même zone. Dans ce sens, l’initiative du mouvement «Les Femmes font la paix» doit être saluée. Là, lors d’une marche dans le désert de Judée, j’ai été témoin d’une vraie convergence entre des juives, habitantes des colonies, et des arabes, habitantes des villages. Elles recrutent en Israël en dépassant les clivages politiques. Leur mouvement regroupe désormais 30 000 personnes, ce qui est considérable dans un contexte aussi âpre. L’avenir, si on peut l’envisager en dépassant la brume de sang, appartient à ceux, Palestiniens et Israéliens, qui aiment assez cette terre pour construire ensemble.

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