WWP in Tel-Aviv dans l’article “L’envers de la bulle” Par Nathalie Hamou, Temoignage Chretien, no. 3688, p. 18-19

Pour beaucoup, Tel Aviv est une quasi-icône qui incarne l’espoir d’un autre Israël. Elle est jeune, ouverte, festive, tolérante, militante, favorable à un État palestinien. Et ce
n’est pas l’attentat sanglant du 8 juin qui fera douter la capitale intellectuelle d’Israël.

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Favoriser les rencontres
Reste que la communauté gay de Tel Aviv ne veut pas défendre ses droits à n’importe quel prix. Ses
activistes viennent ainsi de monter au créneau pour dénoncer l’allocation d’un budget de 11millions
de shekels (2,5millions d’euros) par le ministèredu Tourisme israélien pour promouvoir la Gay
Pride, un événement qui s’est déroulé le 3 juin, et qu’ils ont menacé de boycotter. Parmi les arguments
avancés: la priorité donnée aux touristes gay au détriment de la communauté LGBT locale. Et
l’instrumentalisation de la «pink city» à des fins politiques, pour faire oublier le conflit israélopalestinien.
Vue de Jaffa, la ville arabe à partir de laquelle Tel Aviv a été bâtie, la question du «pink washing»
(Ndr: le fait de faire la promotion des droits LGBT au service de la propagande d’État) trouve une
certaine résonance. Même si les résidents mènent d’autres combats. «Le terme de coexistence entre
Juifs et Arabes ne me convient pas; je préfère parler de vie commune», explique Amal Rihan, une résidente du quartier Ajami, qui revendique le droit d’enseigner l’arabe et l’islam, sans couvrir sa chevelure, au Collège des Frères de Jaffa (établissement lassalien créé en 1882 où tous les cours sont
donnés en français). «La société arabe a peur du changement, et reste très conservatrice», explique
cette militante qui a rejoint le mouvement «Les Femmes font la paix», né dans le sillage de l’opération
militaire israélienne à Gaza de l’été 2014. «Tel Aviv se bat sur de nombreux fronts», observe
de son côté l’universitaire d’origine française Marie-Lyne Smadja, cofondatrice du mouvement. «Mais
il serait totalement illusoire de vouloir séparer les problèmes. De croire que l’on peut résoudre les problèmessocio-économiques sans résoudre le conflit israélo-palestinien.» À l’échelon local, de nombreux résidents redoutent la «judaïsation» de Jaffa. Et ce, en raison de la politique immobilière de la municipalité, qui favoriserait les projets résidentiels, attirant principalement des acquéreurs juifs. Autre
polémique, le choix des noms de rue de Jaffa. En 2012, la ville «mixte», dont un tiers des 60000 habitants
sont arabes, ne comptait que quatorze rues rendant hommage à des personnalités locales arabes,
sur un total de quelques quatre cents voies.
Marwan Hawash, étudiant originaire de Bethléem, a choisi voilà dix-huit mois de s’établir à Jaffa pour
travailler comme barman à l’Anna Loulou, un établissement culturel et musical alternatif dont il est
aujourd’hui l’un des partenaires. Le 8 mars dernier, après qu’un touriste américain a succombé
à une attaque au couteau perpétrée par un Palestinien dans la zone portuaire de Jaffa, le bar n’a
pas désempli. «C’était la Journée de la femme et, malgré la tension, les gens sont venus», explique
le jeune homme, qui achève une licence de communication et de publicité. «À l’activisme des
réseaux sociaux, je préfère l’action de terrain: favoriser les rencontres entre Juifs, Arabes, laïcs, religieux,
hétéros et gays. Partager aussi mon iden tité palestinienne au travers de la musique». La quadrature
de la bulle.